Benoît : Tina, peux tu nous dire comment tu as commencé cette danse, quel est ton parcours ?

Tina : J’ai commencé le butô il y a 10 ans. J’ai toujours été bercé dans la danse classique et jazz. Un jour j’ai vu un spectacle de Ko Murobushi à Reims. C’est à ce moment que je me suis dit « c’est ça que je veux faire ». A l’époque c’était difficile de trouver une formation. J’ai fini par en trouver une avec Sumako Koseki qui fait partie de la 2ème génération de danseur Butô (actuellement c’est la 4ème génération). Puis, par hasard, j’ai trouvé un stage en Auvergne. Puis j’ai continué à me former en France avec notamment Masaki Iwana qui est l’un des deux premiers danseurs qui se sont produits en France dans les années 2000. Je me suis également formé au Japon avec Yuri Nagaoka. J’ai aussi travaillé en Allemagne avec Yumiko Yoshioka et depuis je réalise des performances à Paris et à Rennes. J’ai fondé une compagnie « Onitcha » (le démon du thé) en 2008.

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Benoît : Je n’ai jamais encore assisté à une performance de butô. J’ai vu quelques vidéos sur le net… ça m’a semblé un peu étrange, je n’ai pas trouvé le lien avec le Japon. Tu pourrais nous en dire un peu plus ?

Tina :  C’est vrai que ça va à l’encontre de l’esthétique traditionnelle du japon ainsi que de toute grammaire et langage écrit. C’est quelque-chose qui va chercher dans les profondeurs de l’Être. Il n’y a pas de jugement moral.C’est une danse qui exploite les pulsions, ce qui est laid, ainsi que ce qui est plus noble. C’est au départ, en 1959, profondément japonais. Cela n’a rien à voir avec Hiroshima et la bombe atomique, contrairement à ce qui s’est dit. Même avant la défaite il y avait des danseurs japonais en Allemagne qui ont eux même été témoins du courant expressionniste allemand avec Mary Wigman (mouvement expressionniste dansé, « La danse de la sorcière »). Lors de la défaite du japon, et au prêt d’allégeance aux Américains par l’empereur Iro Hito, qui n’avait alors plus l’image du « père », certains japonais se sont sentis perdus. C’est ainsi qu’est né une remise en cause des arts conventionnels qui occultent le laid, les pulsions, et prônent l’allégeance aux codes sociaux. Un des fondateurs Hijikata commence par des performances très choquantes appelé l’ankoku butô (le butô du sombre). Le butô s’inspire également du dadaïsme italien, des échanges culturels avec les européens, du surréalisme, de la littérature (Artaud et Georges Bataille). Le butô a commencé à « s’exporter » à l’étranger, dont la France, dans les années 70 avec Iwana et Kozuki.

Actuellement il y a un renouveau du butô. Il existe un autre courant du butô, initié par Kazuo Ôno. C’est un butô plus doux, moins choquant, plus « lumineux ». C’est un butô opposé à celui de Hijikata.

Bien que le butô incarne un certain rejet des conventions il reste imprégné de la culture japonaise : kabuki, le no, le bumraku. Nombreuses sont les références au shintoïsme (présence d’objets du symbole shinto : miroir, les fantômes, les kamis, l’eau, les fantômes…). C’est un art à la frontière de la danse et du théâtre.

Benoît : Les danseurs de butô semblent proches des spectateurs. J’ai même vu des interactions avec le public. Je n’ai pas bien compris. Est-ce que je suis passé à côté de quelque-chose ? C’est toujours comme ça ?

Tina : Le butô c’est un rituel, un partage entre le danseur et son publique. Ce n’est pas du tout intellectuel. Le corps se souvient de tout et on ne le sait pas. L’état du butô est un état d’hyper conscience qui va se transmettre au spectateur qui, à son tour, va le ressentir, ça va le faire bouger. C’est un partage. Il n’y a pas de notion de spectacle bien que ce soit spectaculaire. Le spectacle est une recherche. Il y a ainsi ce besoin de proximité. Les gens voient les matériaux qui bougent, les détails, tout ce qui bouge dans le corps, les expressions du visage. A l’origine les danseurs sont nus recouverts de blanc. Mais moi, non. Je ne danse pas nu car le public, en général, a des difficultés à ne pas projeter une vision érotique sur le corps féminin.

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Benoît : As-tu des projets en cours ? Des infos à nous faire partager ?

Tina : J’organise un stage le 4 février à Ten’dances, rue Delaborde à Rennes, de 11h00 à 18h00. Vous pouvez téléphoner au 06.62.72.53.75.
Je vous invite également à consulter mon site web http://www.tina-besnard.com ou encore ma page Facebook

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